Courir les rues, ouvrir les yeux.

Courir les rues, ouvrir les yeux.

Réflexion personnelle suite à un séjour à Amsterdam.

A mon sens, la visite d’un pays, d’une ville ou encore d’un village doit passer par l’immersion du voyageur dans le lieu visité. En effet, la mondialisation a provoqué et mène encore de nombreux pays à se ressembler. Des enseignes comme Coca-Cola, H&M, Mac Donald et bien d’autres sont présents dans la quasi totalité du monde, et empêchent parfois le voyageur de voir des éléments plus typiques et représentatifs du pays. Si celui-ci n’ouvre pas les yeux, ou du moins ne regarde pas « bien », alors Rennes, Paris, Londres ou Amsterdam lui apparaîtront très semblables, voir identiques. Je remarque tout de même une différenciation de la langue. En me baladant dans les rues d’Amsterdam, ne comprenant pas le dialecte, je suis rapidement amenée à me rattacher à la vue, cherchant quelque chose d’intelligible. Dès lors, mon immersion dans la ville se fait avec mes yeux,  j’évacue le dialogue. Ce que j’entends devient décors, ambiance sonore qui accompagne la déambulation de mon regard. Il devient facile de voir et de porter un regard plus pointu sur ce qu’il se passe autour de moi. Faire abstraction de ce que j’entends me permet de regarder avec plus d’insistance. En tant que designer graphique, mes yeux se posent rapidement sur l’écrit, (ne comprenant pas le parlé, j’essaie inconsciemment de lire). Le même problème émane : la non compréhension. Je lis mais je ne comprends pas. Alors, la forme prend plus d’importance que le fond. Tandis que je ne m’attarde plus, ni à lire ni à essayer de donner un sens à ce qui est écrit, le dessin des lettres retient mon attention. Un regard plus pointu sur la typographie me permet de m’immerger dans la ville d’une autre manière. Ainsi, il est intéressant de remarquer comment, dans un tel contexte, je forme mes yeux à une autre manière d’observer. Des formes particulières montrent une richesse typographique et attirent l’œil sur une culture graphique et typographique très présente à Amsterdam. En effet, la typographie est partout, enseignes, vitrines, stickers, affiches, signalétique, gravure, street art etc. Dès lors, il m’a semblé important de récolter ces caractères. En photographiant et en cumulant un ensemble de photographies de typographie, je me suis vite rendu compte du soucis du détail et de la richesse de ces typographies. La diversité de celles-ci présentes dans les rues, affirme une démocratisation du design graphique. Le beau et la finesse ne sont pas réservés aux domaines artistiques mais investissent les rues et l’environnement quotidien. Suite à cette expérience, il est intéressant de prendre en compte la manière dont un contexte peut agir sur la manière d’appréhender ce que nous entoure. En tant que designer, avoir conscience et jouer avec ces éléments qui influent sur notre perception me semble nécessaire et important. Il nous faut comprendre que l’environnement au sens large, impacte la lecture de ce qu’on y implante, et de même, la relation fond/forme modifie la perception de ce qui nous est donné à voir. Parfois, la forme prendra le dessus sur le sens, ou inversement ; à nous d’en avoir conscience et de créer en conséquence de cause. Pour appuyer mon discours, j’ai souhaité présenter certains caractères photographiés lors de mon voyage. En vue de ce que j’énonce ci-dessus, il me semble important d’inclure ces typographies relevées dans une édition présentant des photographies de la ville dans sa globalité. Ainsi, les créations graphiques et typographiques se réinscrivent dans leur contexte, sans lequel, elles ne seraient peut être pas regardées et comprises de la même manière.­


Leave a Comment